L’homme et le poisson rouge

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8 secondes.

C’est à peine quelques secondes de plus que le temps nécessaire pour épeler le mot « concentration ».

8 secondes : c’est à peine un peu plus d’un dixième de minute.

8 secondes : c’est à peine, pour un être humain lambda, quelques battements de coeur.

D’après une étude quantitative et neurologique réalisée par Microsoft au Canada, destinée à mesurer l’effet des écrans connectés sur le niveau d’attention, c’était malheureusement le temps d’attention moyen d’un être humain lambda en 2013.

Celui-ci était de 12 secondes trois ans plus tot.

8 secondes. C’est une seconde de moins que la capacité d’attention d’un poisson rouge. Poisson rouge dont on s’est longtemps moqué en tant qu’êtres humains, nous positionnant nous même au sommet d’une chaîne alimentaire, par ethnocentrisme parfois. Poisson rouge que vous ne regarderez sans doute plus de la même façon après la lecture de cet article.


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LA RÉVOLUTION DIGITALE ET LA BAISSE CONFIRMÉE DU NIVEAU D’ATTENTION


Depuis la révolution digitale, nombreux sont ceux qui se sont interrogés sur l’effet des téléphones intelligents et autres tablettes sur notre niveau d’attention. Mais combien d’entre nous avions fini par dire 

« T’as vu tous ces gens sur leur smartphone? C’est quand même incroyable, ça ne fait aucun sens! ».

Pour ensuite faire souvent la même chose, même sans s’en rendre compte, car

« Tu comprends, là c’est différent, j’attends une réponse importante de mon boss ».

Plus besoin de se lancer dans une démarche de recherche, Microsoft l’a fait pour nous. Par contre, continuons à nous interroger: après tout, c’est un luxe et une chance incroyable d’être doté de capacités intellectuelles nous permettant de questionner nos propres comportements.

8 secondes, dans certains cas, c’est critique. Je connais plusieurs personnes qui oeuvrent dans les services d’urgence et dans le domaine médical.

8 secondes, ça peut sauver une vie. Ces quelques 8 secondes peuvent alors s’avérer critiques, par exemple pour effectuer un massage cardiaque, redémarrer un cœur et sauver une vie. Mais combien d’entre nous oeuvrent dans des services d’urgence ou encore de santé?

Vous l’aurez compris: le monde va plus vite, le temps passe plus vite. Et de l’autre côté nous sommes de plus en plus sollicités par de très nombreux messages, ce qui réduit d’autant notre capacité d’attention.

Toutefois, nous n’avons pas à subir les conséquences néfastes de la vie moderne: nous avons la capacité de choisir, de décider.

De décider de se concentrer, de décider de s’ancrer.


S’ANCRER DAVANTAGE


Un terme qui en fait fuir certains et qui en attire d’autres. Je définirai l’ancrage comme étant:

« La capacité naturelle qu’a tout être humain à se connecter à son environnement, dans le moment présent. »

Que cet environnement soit celui du bureau, du chantier de construction, de la maison, du restaurant, de la balade près du lac.

Car, quand on y pense, pourquoi avoir des yeux, des oreilles, un nez et des jambes, si c’est pour être constamment déconnecté de notre environnement physique?

À l’école on a le plus souvent entendu parler de concentration, comme par exemple dans la phrase « Cet enfant est dissipé, il n’est pas très concentré ». On a entendu parler aussi de niveau d’attention. L’ancrage va plus loin que la nécessaire capacité de rester concentré de façon suffisamment efficace sur une chose, une personne, une idée.

L’ancrage est une capacité naturelle dont dispose tout être humain pour se connecter à soi et à son environnement. C’est une capacité très importante dans la mesure où elle nous permet d’être là, d’être actif, d’être connecté.

Je vais vous donner un exemple. Lorsqu’on est attentif, – pas encore ancré, juste attentif – dans un contexte de travail, on est capable :

– de répondre à la question posée;

– de rebondir éventuellement sur cette question;

– d’avoir l’air là, présent, éveillé.

Lorsqu’on est ancré, on est capable :

– d’anticiper la question qui sera posée et donc souvent d’avoir un coup d’avance;

– d’avoir l’air intelligent, « d’avoir l’air d’être sur la coche »;

– et souvent d’étonner, de donner envie, de mobiliser.

Le niveau d’attention est à l’ancrage ce que le nécessaire est au suffisant : il est nécessaire d’être attentif dans certaines situations, mais être attentif ne suffit pas toujours. Notamment lorsqu’il s’agit de gestion des émotions: déconnecté souvent on réagit, ancré on agit. Et on le sait, l’aspect comportemental a beaucoup d’importance au travail.

Et à defaut de pouvoir s’ancrer rapidement, il est important de savoir prendre du recul.


PRENDRE DU RECUL


Puisque nous ne sommes pas tous chirurgien cardiaque ou pompier, pourquoi entendons-nous aussi souvent

‘’J’en peux plus, en ce moment je ne fais qu’éteindre des feux’’.

Puisque nous ne sommes pas tous pompier ou chirurgien et que les situations que nous rencontrons au travail ne sont pas des questions de vie ou de mort, il est toujours intéressant de prendre du recul sur ces situations. Après tout, lorsqu’on nous demande d’avancer la date de la présentation ultra-importante pour notre plus gros client, nous ne sommes pas en train de sauver des vies. La situation nous déplait, parce que ce soir on a yoga ou un super apéro prévu entre amis, mais il n’y a pas de vie en jeu.

Dans les interactions humaines au travail, il est critique de savoir décrocher de sa tablette et de son téléphone intelligent: c’est aussi une question d’efficacité. Je vais vous donner un exemple. J’ai remarqué que j’etais beaucoup plus efficace lorsque je n’avais que quelques fenêtres internet ouvertes sur mon ordinateur, ma tablette ou mon téléphone intelligent, 4 ou 5 maximum. Fini le temps ou je jonglais avec 10 a 15 fenêtres et 4 ou 5 programmes en même temps: je perdais un temps précieux et pour peu que je sois dérangé par un téléphone qui sonne ou un collègue dans mon bureau, je devais parfois refaire le chemin déjà effectue, et ainsi répéter des actions, ce qui se concluait souvent par une perte de temps.

Rien ne remplace le temps qui passe.

Une fois qu’il s’est écoulé, on ne peut pas faire machine arrière. Et même si on ne s’en rend pas compte, c’est l’une des choses les plus précieuses que nous ayons entre les mains.

Il y a aussi un autre aspect à prendre en compte: celui du savoir-vivre.


SAVOIR-VIVRE


Combien de fois, dans une interaction humaine au travail, avons-nous eu l’impression, bien que physiquement présent, d’être moins important que la personne, l’alerte Facebook, Twitter ou Linkedin, le rappel d’événement, le courriel reçu sur le téléphone de notre interlocuteur? Un peu comme si on nous envoyait le message suivant:

« Là, maintenant, malgré notre interaction inscrite dans le temps et l’espace que nous partageons, tu es moins important que mon téléphone qui sonne et qui vibre ».

Ou encore :

« Mon temps est plus précieux que le tien ».

Il n’est évidemment pas dans notre intérêt de passer de tels messages.

Alors la prochaine fois, je vous invite à mettre ce fameux téléphone intelligent sur silencieux et à véritablement entrer en interaction avec votre interlocuteur. Vous gagnerez en efficacité dans votre communication et vous serez plus à même de mobiliser vos collègues et employés.


Emmanuel Fontaine, M.Sc., CRHA